Pour aller plus loin : identifier les orientations idéologiques des positionnements

Après avoir analysé les résultats des exercices de positionnements de plus d’une trentaine d’organismes communautaires issus de secteurs différents, les initiateur.trice.s du projet ont pu identifier deux grandes orientations normatives pour chacune des positions du schéma d’analyse exprimées par les mandats que se donnent les organismes communautaires (l’expertise, la participation et la représentation). Il s’agit soit d’une orientation critique ou adaptative.

Si les participant.e.s désirent pousser plus loin leurs réflexions critiques sur leurs pratiques d’autonomie communautaires, l’accompagnateur.trice peut alors leur proposer d’entreprendre ce deuxième niveau d’analyse portant cette fois-ci sur l’orientation idéologique de leurs positionnements actuels et désirés. C’est-à-dire sur le type de transformations sociales que les acteur.trice.s communautaires souhaitent développer en mettant en œuvre des pratiques à partir de certains principes, valeurs et convictions précises. Il s’agit d’abord de prendre connaissance de deux orientations idéologiques qui traversent le plus souvent le positionnement des pratiques d’autonomie communautaires, celles que nous avons pu observer tout au long de notre pratique d’accompagnement : l’orientation critique et l’orientation adaptative.

La reconnaissance de ces choix d’orientation implique de réfléchir aux conséquences sociales inhérentes au fait de développer l’autonomie des destinataires dans une perspective critique ou adaptative, et par conséquent au rôle social que l’organisme veut jouer dans la société. Pour les personnes qui veulent approfondir davantage ce niveau de réflexion, nous les invitons à envisager chacun des mandats où ils.elles ont positionné les pratiques de leur organisme comme pouvant s’inscrire, cette fois-ci, dans une orientation critique (changer des règles) ou une orientation adaptative (se conformer aux règles dominantes). Chacun des mandats de pratiques est alors susceptible d’être conditionné par l’une et/ou l’autre de ces orientations (critique, adaptative) sous forme de tensions potentielles. 

L’orientation critique s’exprime souvent par des valeurs et des logiques d’actions axées sur l’émancipation, la citoyenneté, la responsabilité collective et l’appropriation collective. L’expression « Passer du Je au Nous », souvent utilisée dans le milieu communautaire, rend bien compte de cette orientation critique à visée démocratique.

L’orientation adaptative pourrait d’ailleurs être illustrée par l’expression inverse : « Passer du Nous au Je » dans une logique de la responsabilisation individuelle, des besoins ou de la dépendance aux expert.e.s souvent incitée ou imposée par des exigences néolibérales.

Chacun des mandats de pratiques d’autonomie est alors susceptible d’être conditionné par l’une et/ou l’autre de ces orientations (critique, adaptative) sous forme de tensions potentielles. Voyons comment peuvent s’exprimer ces deux orientations pour chaque mandat servant à positionner les pratiques :

  • Le mandat d’expertise pourrait être orienté selon une perspective critique où l’autonomie des destinataires est guidée de façon critique (militante) afin qu’ils.elles puissent s’approprier des savoir-faire pertinents (détenus par les intervenant.e.s d’organisme ou des acteur.trice.s externes) pour modifier leurs conditions d’existence sociale, et/ou selon une perspective adaptative (traditionnelle) visant à guider l’autonomie des destinataires pour qu’ils.elles réussissent à s’adapter aux exigences sociales dominantes.
  • Le mandat de représentation pourrait être orienté dans une perspective critique si l’anticipation de l’autonomie des destinataires vivant des conditions difficiles se fait en soutenant la représentation des destinataires par eux.elles-mêmes pour qu’ils.elles puissent dénoncer les causes produisant ces conditions de façon à agir à la source des problèmes, et/ou dans une perspective adaptative si l’anticipation de l’autonomie des destinataires vivant des conditions difficiles se fait par des intervenant.e.s ou administrateur.trice.s qui représentent leurs droits et revendications par procuration ou sans mandat précis des destinataires, dans une perspective de prise en charge des besoins des destinataires.
  • Le mandat de participation pourrait être orienté dans une perspective critique, c’est-à-dire partagée de façon la plus égalitaire possible l’autonomie entre les intervenant.e.s et les destinataires afin que les destinataires puissent participer à la définition de leurs problèmes, à leurs besoins et à des solutions pour changer leur situation, et/ou dans une perspective adaptative consistant à stimuler la participation des destinataires aux activités sociales que l’organisme leur offre dans une perspective de consommation et d’intégration sociale.

Exercice de compréhension des orientations normatives à partir d’un tableau croisé

Rappelons qu’après avoir pris connaissance des choix de positionnements de pratiques d’autonomie ainsi que des écarts potentiels entre les positionnement actuels et désirés pour chacun des groupes d’acteur.trice.s impliqué.e.s dans la démarche réflexive, les participant.e.s sont alors invité.e.s à identifier la ou les orientations normatives pouvant traverser ces positionnements, selon leur regard respectif. Voici un tableau qui permet de comprendre comment les deux orientations influencent chacun des trois mandats ayant servi à identifier les positionnements :

Positionnement des pratiques d’autonomie en tension entre les mandats et leurs orientations normatives

OrientationsMandat d’expertise Mandat de participationMandat de représentation
Critique : Je au Nous (logiques d’émancipation,
de la citoyenneté et d’appropriation collective)
militantela plus égalitaire possiblecollectivement mandatée
Adaptative : Nous au Je (logiques de la responsabilisation, des besoins ou de la dépendance)traditionnelleconsommatoire de sa propre autorité

Il devient donc possible de faire le point sur les pratiques en place et d’approfondir la réflexion sur les conséquences et les retombées des pratiques d’autonomie sur les destinataires. Pour en arriver à cette étape de la réflexion, il aura fallu bien comprendre le schéma de positionnements des pratiques d’autonomie. Il s’agit d’une occasion démocratique de partage entre toutes les personnes qui ont à cœur l’action communautaire et le rôle qu’elle joue dans la société.

Cet exercice de positionnement des pratiques d’autonomie communautaires peut se faire dans des contextes différents comportant plus ou moins d’exigences à le réaliser, mais dont les avantages, les limites et les conditions d’application peuvent différer l’un de l’autre. Il importe d’en prendre connaissance dans la section du site qui présente les avantages et les limites de trois contextes d’application possibles afin de vous aider à faire le choix qui convienne mieux à votre situation.

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